Récit de voyage

Equipier à bord de l’Odyssea (J105 à 117)


23 mars : St Martin, île marquée par le cyclone

Me voilà finalement à St Martin pour moins de 24 heures. Après 19 jours de navigation je ne me laisse que peu de temps pour remettre le pied à Terre et saute sur cette occasion que Christophe nous a trouvée. Le capitaine du bateau pratique cependant des tarifs pour les équipiers qui ne m’enchantent guère : 25€ par jour de navigation/ 10€ par jour au mouillage et ceci ne comprend que la place à l’intérieur du bateau : tous les autres frais (taxes, nourritures, drapeaux…) nous seront partagés. J’apprends cela seulement après avoir confirmé ma venue à bord du bateau mais décide tout de même de faire le trajet de 4 jours jusqu’en République Dominicaine.

Je découvre brièvement St Martin, cette île à moitié Française et à moitié Hollandaise. Je n’ai que le temps de voir qu’à Marigot, la principale ville du côté Français, Il n’est pas difficile de constater que le cyclone est passé par là : des débris de bateau trainent un peu partout et quelques bâtiments n’ont toujours pas reconstruit leurs toits. Du côté Français seules les entités riches ont entamé la reconstruction, les autres, n’ayant pas les moyens, sont contraintes d’attendre l’argent des assurances qui ne semblent pas pressées de rembourser leurs clients. Côté hollandais, tout est en bien meilleur état : apparement plus riches leurs bâtiments étaient plus solides et l’état a rapidement financé la reconstruction en attendant l’intervention des assurances.

Avec Christophe nous montons au fortin en ruine (probablement pas à cause du cyclone mais à cause de son ancienneté) qui surplombe la ville pour admirer le soleil qui descend sur la baie. Nous passons également au cimetière de bateaux : c’est l’hécatombe. Quelques carcasses de bateaux ont été ramenées sur la terre ferme et ont été partiellement désossées. D’innombrables mâts en plus ou moins bon état sont alignés au sol. Certains bateaux sont à quai, à moitié coulés, les mâts brisés par le milieu.

On peut trouver des bouts de différentes tailles au sol, souvent en mauvais état, parce qu’ayant trempé trop longtemps dans l’eau salée, mais pouvant encore servir. Un bateau au sol est couvert de coquillages, il avait dû rester quelques mois au fond de l’eau avant d’être remonté.

Nous partageons aussi une bière au bar, avec notre nouvel équipage et des locaux.

Les gens nous disent que l’insécurité n’est pas du tout celle qui avait été décrite dans les médias Français : en effet il y avait eu des pillages suite au cyclone, mais ceux-ci n’avaient été orientés qu’envers les grands supermarchés, parce que les gens essayaient tant bien que mal de survivre. Il y a certes des zones à éviter la nuit mais comme partout ailleurs. Une femme qui travaille à l’hôpital nous indique que la vie est plus dure depuis le cyclone : il y a eu le choc de voir soudainement tant de misère, mais il y a aussi eu le fait de se reloger dans les appartements plus rares et plus couteux qu’avant. Une autre, Kiné de profession, nous indique qu’elle n’a jamais eu autant de travail et n’a jamais aussi bien gagné sa vie!

Avec nous, à bord du catamaran, embarqueront Pascal — un Français installé à St Martin depuis bien longtemps — et Agripine, sa Femme, une Dominicaine venue habiter avec Pascal à St Martin. Après le cyclone Pascal, qui était commercial pour une société de restauration américaine, s’est retrouvé toujours employé mais sans travail ni salaire avant d’être finalement licencié et dédommagé au bout de quelques mois (grâce au travail des syndicats). Sans emploi, ils ont décidé de débuter une nouvelle vie en République Dominicaine. C’est donc une grande part de leur déménagement qu’ils effectuent à bord du Catamaran.

Je découvre le Odysea : un vieux catamaran bien moins moderne que celui sur lequel j’ai traversé l’Atlantique mais avec tellement plus de charme. Le capitaine, Bernard, n’en est pas le propriétaire, en fait il effectue le convoyage du voilier pour celui-ci dans les Caraïbes et il est sensé le rapporter en Europe. Tout ça gratuitement ! C’est pourquoi le skippeur à décidé de prendre des équipiers qu’il fait bien payer. Il paraît que c’est le même bateau que celui de Coluche, cependant je ne suis pas sûr que ce soit gage de qualité, ce n’était pas pour ses qualités de navigateur que le comique était connu.


24-27 mars : Nav de st Martin à la République Dominicaine

Il nous faut près de 4 jours pour parcourir la distance jusqu’à la République Dominicaine. Le bateau n’est vraiment pas fiable et est, par sa conception même, quelque peu dangereux : le pilote ne cesse de décrocher, la barre à roue est mole et ne fonctionne vraiment pas bien, il n’y a plus d’anémomètre (instrument indiquant la direction et la force du vent) ni même de speedomètre (pour la vitesse). Pour hisser et descendre la grand voile il faut monter au pied du mat sur le roof en passant par une zone en pente qui s’avère être extrêmement glissante lorsqu’elle est mouillée. Le bateau est très lourd : le nouveau propriétaire a installé un énorme frigo américain. Sur cette petite traversée nous utilisons beaucoup le moteur (pour maintenir une moyenne supérieure à 3 noeuds…) puisque le vent n’est pas au rendez vous.

A bord nous cuisinons, faisons les manoeuvres, essayons de pêcher (sans succès à cause des sargaces), jouons aux cartes et écoutons les histoires abracadabrantes de Bernard, notre capitaine. Celui-ci est âgé de plus de 50 ans et semble avoir eu une vie trépidante tout autour du globe. Ses histoires sont probablement partiellement vraies et extrêmement bien racontées, mais parfois trop grosses pour que l’on puisse croire qu’elles sont vraies. Elles sont cependant si intéressantes, passionnantes, amusantes que l’on se fiche quelque peu de leur véracité. Seb, l’autre équipier, nous apprend l’art de réalier un bon taboulé ainsi qu’un nouveau jeu de carte : le Caracole.

De manière assez surprenante je capte un internet gratuit en 3G quasiment tout au long de la traversée (au large des îles vierges américaines et de Puerto Rico). Cela me permet d’échanger quelques mails avec un bateau que j’ai trouvé sur la bourse aux équipiers. Celui-ci a pour but de se mettre en route depuis la République Dominicaine d’ici quelques jours en passant rapidement par Haïti et longuement à Cuba. La participation à la caisse de bord est plus que raisonnable puisque celle-ci couvre tous les frais (hors frais personnels de douane). Je décide donc que je changerai de bateau en République Dominicaine pour aller jusqu’à Cuba avec ce nouvel équipage.


28 Mars – 4 Avril : Séjour un peu court en république dominicaine.

Le bateau que je dois rejoindre se trouve à Barahona, une ville se trouvant à environ 4 h de Boca Chica en transport en commun. Je décide de rester près d’une semaine supplémentaire à bord d’Odyssea afin de pouvoir passer un peu plus de temps avec Christophe et Seb.

On découvre succinctement la république dominicaine, pays par lequel je n’aurais jamais pensé passer au début de mon périple. Les autorités qui ont un peu de pouvoir semblent toutes plus ou moins corrompues, abusant de leur pouvoir pour se mettre de l’argent dans les poches, alors que tous les civiles que nous rencontrons sont généreux, très accueillants et soucieux que notre séjour dans leur pays se passe bien.

On remarque que l’influence américaine est bien là : ils semblent tous regarder les chaines de télévision des Etats Unis avec des sous-titres en espagnol (puisque peu d’entre eux semble vraiment parler la langue de Shakespear), ils sont fan de baseball et de basketball.

A boca Chica lorsque l’on marche sur les plages c’est assez étrange, chaque section semble délimitée et gérée par l’enseigne se trouvant derrière : On traverse donc parfois une zone de sable totalement propre puis une autre pleine de déchets plastique selon que l’enseigne est un hôtel à touriste ou un restau pour les locaux.

Un jour nous décidons d’aller à la capitale, Santo Domingo, afin de la visiter, acheter les cartes touristiques pour Cuba — carte faisant office de visa que l’on peut soit acheter directement en Marina à Cuba au passage en douane pour une valeur de 70 dollars, soit en agence de tourisme dans d’autres pays pour un prix bien moins élevé (en Rep Dom elle coûte 20 dollars américain)— et rencontrer mon futur équipage.

On décide de prendre les Guagua pour se rendre là-bas. Ces petits bus essentiellement empruntés par les locaux sont moins confortables que les grands autocars touristiques qui, eux mêmes, ne coûtent pas non plus très cher, mais l’expérience est plus riche. Ils sont composés de 2 lignes de 1 siège trop large pour 1 personne mais relativement étroit pour 2. Le véhicule ne part généralement qu’une fois plein, c’est à dire avec 2 personnes par siège. Nous commençons par demander où prendre notre premier véhicule à un passant. On est surpris par la réaction enjouée de l’homme qui semble content de nous expliquer en détail de lieu où nous devons prendre notre premier Guagua afin de rejoindre le terminal principal de Boca Chica pour ensuite nous rendre à Santo Domingo. J’ai un peu de mal à comprendre l’espagnole des locaux qui semblent utiliser des expressions et du vocabulaire que je ne connais pas toujours et qui avalent des syllabes et les “S”.

Nous trouvons sans problème l’intersection par laquelle passe notre premier Guagua. Un simple regard vers le véhicule fait comprendre au copilote du mini bus que nous voulons monter. Il s’arrête en ouvrant la porte le temps que nous montions et repart aussitôt. Le trajet jusqu’au terminal est gratuit. A peine quelques minutes plus tard nous devons changer de véhicule afin d’en remplir un autre. En moins de 10 minutes nous nous retrouvons au terminal de Boca Chica où nous pouvons finalement monter dans le Guagua “Express” qui nous mènera à la zone Colonial de Santo Domingo. Une fois le Guagua plein nous partons. Le contrôleur passe pour faire payer et c’est là que Christophe se rend compte qu’il a dû perdre son portefeuille dans l’un des changements de bus… Pour ma part je n’ai que de quoi payer une place en Pesos Dominicains, sinon je ne dispose que d’euros (je n’avais pas voulu changer trop d’argent d’un coup). Le contrôleur accepte de nous changer mes 20 euros contre 1000 pesos (au lieu de 1230 au taux de change du moment).

Alors que nous approchons de santo Domingo Christophe reçoit la confirmation de Seb que son portefeuille n’est pas sur le bateau et qu’il est bien perdu. Nous passons au terminal de bus où les agents de Guagua, contrôleurs et chauffeurs, se démènent pendant plus d’une demi heure à tenter de nous aider. Ils essayent de retrouver dans quel véhicule le porte monnaie aurait été perdu, passant des coups de fil aux différents contrôleurs. Mais rien n’y fait. Ils nous avouent que nous avons peu de chance de le retrouver étant donné la quantité d’argent en dollars et en pesos qu’il contenait. Cela représente énormément d’argent pour les Dominicains.

Nous nous rendons ensuite à la zone coloniale pour tenter d’y trouver la carte touristique pour Cuba mais nous nous cassons le nez : le bureau a fermé il y a peu, c’est le week-end de pâques, les fêtes chrétiennes semblent avoir une importance majeure dans le pays. Il nous faudra revenir dans 3 jours pour nous procurer la précieuse carte.

Nous poursuivons notre journée rejoints par Seb pour manger avec mon futur équipage puis arpentant les rues de la Zone Coloniale pour la visiter. L’endroit est assez joli, il s’agit du premier lieu où les colons espagnols se sont vraiment installés à leur arrivée sur l’île. On y retrouve beaucoup de bâtiments et des fortins et fortifications avec l’architecture de l’époque. Très paradoxalement on y retrouve également le China Town de la ville avec des architectures asiatiques et des statues (probablement traditionnelles) chinoises.

Dans les parcs on observe des personnes plus ou moins âgées jouant aux dominos : jeu qui semble traditionnel dans cette partie des Caraïbes. Tout au long de cette journée les passants auquels nous demandons notre chemin y mettent vraiment du leur pour nous aider et sont vraiment serviables. A chaque fois ils nous mettent en garde, nous conseillant de cacher nos affaires et de ne pas faire trop facilement confiance aux gens. Cela semble difficile à croire alors même que tous ceux que nous rencontrons sont extrêmement accueillants et généreux. Nous finissons par rentrer au bateau en Guagua.

Un autre jour nous décidons de nous rendre a Punta Cana avec Christophe et Seb. Punta Cana est une ville du plein Est du pays aux kilomètres de plage de sable blanc où viennent des milliers de touristes du monde entier chaque année. Je nous trouve un Hostel (qui est à vrai dire plus un camping en fait) très bon marcher à proximité de Playa Macao, une plage juste au Nord de Punta Cana qui n’est, elle, quasiment exclusivement fréquentée que par les locaux au moment où nous y venons. Avec le Week-end de Pâques la plage est surpeuplée de locaux, il y a même une scène avec de la musique pour l’occasion. Les Dominicains semblent fan de regeaton et de la musique électronique très forte!

A l’hostel l’ambiance est bonne, nous rencontrons de nombreux voyageurs de tous les horizons : Pologne, Allemagne, Australie, France, USA… Sur la plage nous sommes de toute évidence parmi les seuls touristes. Des filles de 16-18 ans semblent en émoi de savoir que je ne suis pas marié et me demandent de prendre des photos avec elles, haha.

Après quelques jours passés là bas c’est une longue journée de transport qui m’attend : on rentre sur Odyssea à Boca Chica où je passe prendre mes affaires et fais mes au-revoir à Christophe et au reste de l’équipage. Je prends ensuite le Guagua pour me rendre à Santo Domingo pour y acheter ma carte touristique et parviens tout juste à attraper le dernier autocar qui me conduit à Barahona où j’arrive de nuit.

Recap de cette expérience en tant qu’équipier à bord d’Odyssea :

  • Une nouvelle expérience de navigation à bord d’un Catamaran habitable, cette fois-ci beaucoup plus ancien. (5ème bateau Stop depuis le début du voyage)
  • De belles rencontres au sein de l’équipage
  • De belles rencontres de voyageurs
  • Découvertes culinaire et de jeu de carte
  • Découverte quelque peu succincte et assez touristique de la République Dominicaine
  • Première expérience de Guagua

     

  

3 réflexions au sujet de « Equipier à bord de l’Odyssea (J105 à 117) »

  1. Merci pour toutes ces belles images
    qui font rêver.
    Attention de ne pas te faire enlever par une jolie porto ricane
    Gros bisous marie 😃
    Prends soins de toi

  2. Haha, non on n’est pas rentré à porté rico, on est juste passé au large, c’est très compliqué et cher d’obtenir un visa par entrée maritime a porto rico.

  3. Coucou Kevin,
    Je suis ton périple avec beaucoup d’attention. Tu nous fais voyager en partageant avec nous toutes ces jolies images. Continue . Gros bisous. Marie-Jo

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *